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Le peintre jurassien a troqué ses révoltes contre une
recherche plus intuitive
Avec une rage froide et précise, Jean-Pierre Grélat peignait des
natures mortes d’un genre particulier : têtes de bœuf écorchées, souris
éventrées, disséquées pour la gloire de la science. Une peinture minutieuse,
employant la méthode des anciens pour décrire avec hyperréalisme le monde
sanguinolent d’inhumanité qu’il dénonçait. C’était il y a vingt-cinq ans.
Aujourd’hui ? Les œuvres présentées en ce moment à Courant
d’Art font moins de bruit. Il s’en dégage même un étrange silence. Comme si
l’artiste avait mis ses pensées, ses intentions en sourdine, pour entrer dans
une démarche plus intuitive, faisant place au langage de la matière, de la
douleur, de la forme. Jean-Pierre Grélat a quitté Porrentruy à la fin des
années 70, pour se former aux Beaux-Arts à Genève. Il vit depuis lors dans
la
Cité
de Calvin. Toutefois, ses retours – espacés mais fidèles – en terre natale lui
sont précieux. Dans les années 80, il est invité une première fois dans la
galerie Pablo Cuttat à Porrentruy. Plus tard, le Club des Arts expose son
travail à Moutier.
Aujourd’hui, Yves Riat accueille le peintre pour la deuxième
fois dans sa galerie de Chevenez (son premier passage date de 1996). A chaque
fois, l’événement constitue l’occasion du bilan, l’état des lieux d’un artiste
en constante évolution. L’exposition marque incontestablement un tournant,
alors que l’artiste abandonne un vocabulaire complexe pour une géométrie
essentielle, laissant le champ libre à de nouvelles explorations techniques.
Jean-Pierre Grélat adopte ici une position fondamentalement
nouvelle face à son travail, instaure une relation plus étroite avec la matière
et la couleur, se laissant guider par celles-ci au cœur d’un étrange processus
alchimique dont il n’est plus le seul et unique maître à bord. Les réactions
physico-chimiques s’en mêlent. Il faut négocier.
Au bout du compte, le résultat est surprenant. Parfois encore
inégal, dans quelques œuvres dont le propos manque de clarté. Pour le reste,
contemplons. Les grandes plages de sable oxydé déposé sur la toile, laissant
des traces de poésie pure. Les vernis soyeux sous lesquels décantent la
pourpre. Les mers d’encre, traversées par des éclats de bleu royal. L’or, qui
brûle l’obscurité. Propositions de voyages à l’infini dans les paysages que
dessinent les interventions complices du peintre et du hasard.
Jean-Pierre Grélat n’est pas venu seul dans le Jura, invitant
ses amis – peintres et sculpteur genevois – à le suivre jusqu’en Haute-Ajoie.
Les travaux de Claire Guanella affichent une certaine parenté avec les
peintures de l’artiste bruntrutain. Eux aussi se lisent à la manière
contemplative. La petite salle du rez abrite notamment un remarquable travail,
présentant une série de cent petits formats alignés et serrés, déclinaison en
technique mixte sur toile du crâne humain figuré sous tous les angles. Sorte
d’installation en forme d’ossuaire, franche invitation à méditer sur la
relativité de toute chose.
Traces évanescentes, les empreintes de corps aux teintes chaudes
et sombres signées Sylvie Perret-Mark participent elles aussi d’une réflexion -
ou d’une rêverie – sur l’humaine condition. De même Luc Joly, et la série de
portraits qu’il trace à la craie bleue et à l’acryl, s’inspirant notamment de
Bacon, de Picasso : contraste entre délicatesse des tons pastels et le
propos sans complaisance.
Les grands formats de Pierre E.Terrier habillent joliment de ses
acryls et pigments aux tons vifs et aux traits habiles l’entrée de la galerie.
Un travail intéressant, maîtrisé, de bonne facture, mais dont la joyeuse
spontanéité entre difficilement en résonance avec les introspections picturales
de ses collègues.
Une griffe, encore, celle du sculpteur Pascal Liengme propose
une série de sobres interventions sur bois et sur pierre. Son travail en trois
dimensions s’enrichit d’une série de gravures, déclinaison de paysages
imaginaires en clair-obscur. Dans les deux formes d’expression, l’artiste
recrée une atmosphère étrange, minérale, presque lunaire.
Edith Touré-Courbat
LQJ - samedi 29 mai 2004
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