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Espace Courant d'Art
CHEVENEZ - Jura
Collectif genevois emmené par Jean-Pierre Grélat
du 1er mai au 6 juin 2004

Ma dernière exposition à la galerie Courant d'Art en 1996 présentait des tableaux à la gestuelle violente et aux couleurs agressives. Huit ans plus tard je reviens à l'invitation d'Yves Riat avec des oeuvres beaucoup plus calmes aux coloris apaisés. Le vocabulaire s'est progressivement réduit à une géométrie essentielle alors que les recherches techniques se sont enrichies de toute une alchimie qui font du tableau un être vivant qui peut à tout instant révéler des mystères, imposer sa volonté ou vous claquer entre les doigts. Ma passion de la peinture réside dans cette incertitude qui me place aux premières loges du spectacle de la peinture en train de se faire. La peinture qui se fait c'est également celle des collègues. Yves Riat m'a justement proposé d'en inviter quelques-uns: Claire Guanella, Sylvie Perret-Mark, Luc Jolly, Pascal Liengme et Pierre E.Terrier ont répondu à mon invitation et présentent des dessins, gravures, tableaux et sculptures qui au gré des formats intimistes ou monumentaux explorent des territoires fascinants.

Jean-Pierre GRÉLAT

Le retour en terre natale

Après huit ans d'absence, Jean-Pierre Grélat présente son travail à la galerie Courant d'Art. Cinq collègues genevois l'accompagnent.
Avant de s’envoler pour le Japon, où il présente une trentaine d’œuvres de petit format dans une galerie de Kobé, Jean-Pierre Grélat expose à quelques jours d’intervalle à Courant d’Art. Cette fois, le peintre bruntrutain expatrié dans la Cité de Calvin ne débarque pas seul. En compagnie de cinq collègues genevois, il investit les grands espaces de la galerie de Chenevez jusqu’au 7 juin. Vernissage demain, samedi 17h30.

Jean-Pierre Grélat s’est formé à l’Ecole des beaux-arts de Genève, dans laquelle il est entré avec une personnalité et un style déjà bien affirmés – trop, au goût de certains professeurs qui aurait souhaité un élève plus docile. Depuis lors l’artiste n’a cessé de peindre, exposant son travail en Suisse romande principalement, au Tessein, et en France.

Le peintre a notamment présenté son travail au Musée Rath en 1985. Sa dernière « sortie publique » date de décembre dernier, avec une exposition à la Ferme de la Chapelle, à Genève.

Mais ses expositions les plus marquantes restent celles réalisées dans le Jura, constituant à chaque fois une sorte de bilan, un état des lieux. En 1997, il est accueilli une première fois dans la galerie de Pablo Cuttat, à Porrentruy. Le Club des Arts l’invite à Moutier en 1982.

Yves Riat lui ouvre sa galerie en 1996. « C’est toujours pour un moment d’émotion, une sorte d’examen de passage », avoue Jean-Pierre Grélat. Après huit années d’absence sur la scène artistique jurassienne, le travail du peintre a changé. Abandonnant la gestuelle violente et les couleurs agressives de ses travaux des années 95, l’artiste a progressivement réduit son vocabulaire à une géométrie essentielle, autorisant une liberté nouvelle dans l’utilisation des matières.

A ses cotés, le public découvrira les travaux de Claire Guannella, dont la démarche est proche de celle de Jean-Pierre Grélat. Sylvie Perret-Mark, Pascal Liengme, Pierre E.Terrier et Luc Joly sont également du voyage en terre jurassienne : « Des amis que j’ai invité », précise l’artiste.

Quotidien Jurassien. 30 avril 2004

Le peintre jurassien a troqué ses révoltes contre une recherche plus intuitive

Avec une rage froide et précise, Jean-Pierre Grélat peignait des natures mortes d’un genre particulier : têtes de bœuf écorchées, souris éventrées, disséquées pour la gloire de la science. Une peinture minutieuse, employant la méthode des anciens pour décrire avec hyperréalisme le monde sanguinolent d’inhumanité qu’il dénonçait. C’était il y a vingt-cinq ans.

Aujourd’hui ? Les œuvres présentées en ce moment à Courant d’Art font moins de bruit. Il s’en dégage même un étrange silence. Comme si l’artiste avait mis ses pensées, ses intentions en sourdine, pour entrer dans une démarche plus intuitive, faisant place au langage de la matière, de la douleur, de la forme. Jean-Pierre Grélat a quitté Porrentruy à la fin des années 70, pour se former aux Beaux-Arts à Genève. Il vit depuis lors dans la Cité de Calvin. Toutefois, ses retours – espacés mais fidèles – en terre natale lui sont précieux. Dans les années 80, il est invité une première fois dans la galerie Pablo Cuttat à Porrentruy. Plus tard, le Club des Arts expose son travail à Moutier.

Aujourd’hui, Yves Riat accueille le peintre pour la deuxième fois dans sa galerie de Chevenez (son premier passage date de 1996). A chaque fois, l’événement constitue l’occasion du bilan, l’état des lieux d’un artiste en constante évolution. L’exposition marque incontestablement un tournant, alors que l’artiste abandonne un vocabulaire complexe pour une géométrie essentielle, laissant le champ libre à de nouvelles explorations techniques.

Jean-Pierre Grélat adopte ici une position fondamentalement nouvelle face à son travail, instaure une relation plus étroite avec la matière et la couleur, se laissant guider par celles-ci au cœur d’un étrange processus alchimique dont il n’est plus le seul et unique maître à bord. Les réactions physico-chimiques s’en mêlent. Il faut négocier.

Au bout du compte, le résultat est surprenant. Parfois encore inégal, dans quelques œuvres dont le propos manque de clarté. Pour le reste, contemplons. Les grandes plages de sable oxydé déposé sur la toile, laissant des traces de poésie pure. Les vernis soyeux sous lesquels décantent la pourpre. Les mers d’encre, traversées par des éclats de bleu royal. L’or, qui brûle l’obscurité. Propositions de voyages à l’infini dans les paysages que dessinent les interventions complices du peintre et du hasard.

Jean-Pierre Grélat n’est pas venu seul dans le Jura, invitant ses amis – peintres et sculpteur genevois – à le suivre jusqu’en Haute-Ajoie. Les travaux de Claire Guanella affichent une certaine parenté avec les peintures de l’artiste bruntrutain. Eux aussi se lisent à la manière contemplative. La petite salle du rez abrite notamment un remarquable travail, présentant une série de cent petits formats alignés et serrés, déclinaison en technique mixte sur toile du crâne humain figuré sous tous les angles. Sorte d’installation en forme d’ossuaire, franche invitation à méditer sur la relativité de toute chose.

Traces évanescentes, les empreintes de corps aux teintes chaudes et sombres signées Sylvie Perret-Mark participent elles aussi d’une réflexion - ou d’une rêverie – sur l’humaine condition. De même Luc Joly, et la série de portraits qu’il trace à la craie bleue et à l’acryl, s’inspirant notamment de Bacon, de Picasso : contraste entre délicatesse des tons pastels et le propos sans complaisance.

Les grands formats de Pierre E.Terrier habillent joliment de ses acryls et pigments aux tons vifs et aux traits habiles l’entrée de la galerie. Un travail intéressant, maîtrisé, de bonne facture, mais dont la joyeuse spontanéité entre difficilement en résonance avec les introspections picturales de ses collègues.

Une griffe, encore, celle du sculpteur Pascal Liengme propose une série de sobres interventions sur bois et sur pierre. Son travail en trois dimensions s’enrichit d’une série de gravures, déclinaison de paysages imaginaires en clair-obscur. Dans les deux formes d’expression, l’artiste recrée une atmosphère étrange, minérale, presque lunaire.

Edith Touré-Courbat
LQJ - samedi 29 mai 2004