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Jean-Pierre Grélat, de l’effroi à la sérénité
Après s'être inspiré de la force tranquille du rhinocéros,
complice des vaches de l'ami Martin Staub, après avoir forcé la note, forcé le
cri, le peintre d'origine jurassienne Jean-Pierre Grélat semble avoir atteint
non seulement la maturité, mais la sérénité. La trentaine de peintures exposées
à la Ferme de la Chapelle, évoquent cette notion d'arrivée, un certain
soulagement, ce qui ne garantit pas contre la retour ponctuel d'un sentiment de
vide et de perdition.
Les formes sont désormais mieux tracées, avec plus de clarté,
tels le cercle et l’ovale, présents dans plusieurs tableaux, qui signifient
l’oeuf et la vie qu’il contient, la légèreté d’une Bulle, un Rêve de cercle.
Les techniques utilisées, mixtes, allient une rugosité de rouille et une
blancheur laiteuse. L’espace est parfois compartimenté, par exemple dans Peur
Bleue. Les titres font contraster les formules poétiques, Vent de sable,
Oiseau des villes, et les allusions aux tourments de l’enfer :
Insomnie, Inferno, De profundis.
Ce qui relie les deux concepts, la beauté pure du cosmos et
l’horreur des gouffres insondables, tient de l’ironie, qui émerge ici et là.
Par exemple dans Mickey aux enfers,
vision de la pseudo-souris, reconnaissable à la forme de ses oreilles, perdue
dans le labyrinthe du peintre. Ou dans Winkelried voit rouge…Le collage de plumes, de pétales, de morceaux
d’étoffes fines, le recours au sable ou à la terre, bref la présence de
produits naturels, du terroir, accentuent l’authenticité du propos. Jean-Pierre
Grélat apparaît, à travers cette exposition, comme un artiste entier voué à la
tâche de faire émerger un monde d’effroi et de beauté.
Laurence Chauvy
Le Temps – mardi 9 décembre 2003
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